L’AVENIR DE LA LOGISTIQUE EN QUESTIONS!
Par : Eric Cloutier
Un rapport percutant
Au contraire, cette première évaluation de l’état de la chaîne d’approvisionnement canadienne - menée conjointement par CAL-Canada (Chaîne d’approvisionnement et logistique du Canada), Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC) et Industrie Canada – mentionne qu’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée se prépare et que ce sont plutôt les entreprises qui doivent songer à des solutions novatrices pour rester compétitives.
L’étude «estime que 86 330 employés par an seront nécessaires pour pourvoir aux nouveaux postes créés et aux postes vacants (retraite ou roulement du personnel) dans le secteur de la logistique et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement (GCA), ce qui représentera 12,3 % des employés du secteur au cours des trois à cinq prochaines années ». Le document affirme également que le plus important taux de croissance du nombre d’employés dans les secteurs de la logistique et du camionnage entre 2001 et 2007 a été enregistré en Alberta et en Colombie-Britannique, tandis que les provinces de l’Atlantique ont connu une croissance négative pour cette période.
« Dans l’ensemble, selon les prévisions, la main-d’œuvre canadienne dans le secteur de la logistique et de la GCA, mais plus généralement dans tous les secteurs de l’économie, devrait augmenter annuellement d’environ 1,7 % en raison de la création de nouveaux emplois dans les années à venir », peut-on encore lire dans cette analyse effectuée toutefois avant le début de la dégringolade économique.
« En 2007, affirment CAL-Canada, MEC et Industrie Canada dans leur rapport, le Canada comptait 590 000 logisticiens et plus de 239 000 camionneurs. En ce qui concerne les effectifs provinciaux dans le secteur de la logistique et de la GCA, le Québec et l’Ontario sont les deux provinces qui comptent le plus de logisticiens et de camionneurs. À elles seules, elles totalisent plus de 60 % de la main-d’œuvre totale du secteur de la logistique au Canada. »
Le rapport indique aussi que « le salaire horaire moyen des employés du secteur de la logistique varie considérablement selon les régions » et qu’au chapitre de l’augmentation salariale de 2001 à 2007, « l’Alberta a enregistré la plus forte hausse, tandis que la Colombie-Britannique a enregistré la plus faible». En 2007 au Canada, c’est en Alberta que le salaire d’un travailleur du secteur logistique s’est avéré le plus élevé à 19,49 $ de l’heure, tandis que les provinces de l’Atlantique offraient 14,78 $ de l’heure.
Pour sa part et ex-aequo avec l’Ontario, le Québec se classe quatrième au pays pour la hausse du salaire moyen d’un logisticien enregistré au cours de la période 2001-2007, devant la Colombie-Britannique mais derrière l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba ex-aequo, ainsi que les provinces de l’Atlantique réunies.
Quels seront les impacts réels à moyen terme ?
Difficile de quantifier quels seront les impacts de la crise économique actuelle sur l’employabilité en logistique et dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement au pays d’ici 2013-2014, et cela malgré des estimations de 86 300 postes à pourvoir dans ces champs d’activités d’ici trois à cinq ans. Voilà du moins l’avis de Philippe Richer, directeur adjoint à la Direction générale des industries de services et de consommation à Industrie Canada et l’un des auteurs de ce rapport. Ces estimations, rappelons-le, sont contenues dans le Rapport canadien 2008 sur l’état de la logistique dévoilé en novembre dernier.
Philippe Richer demeure toutefois prudent face aux prédictions évoquant la possibilité d’un début de reprise économique à l’automne.
« On n’a pas encore eu de nouveaux résultats depuis la parution du rapport dont les données compilées couvraient la période de 2001 à 2007, soit celle juste avant la récession. Cependant, on entrevoit davantage d’impacts négatifs en transport qu’en logistique, et ce durant au moins un an, à cause notamment de la baisse des exportations aux États-Unis et ailleurs. Le transport routier, aérien et maritime est particulièrement affecté. Le volume de conteneurs dans les ports a diminué. Le transport ferroviaire demeure cependant plus stable. Par contre, même le transport par train de certaines marchandises - comme les produits miniers - a baissé. Tout ce qui touche les matières premières a été très affecté », précise-t-il.
Selon M. Richer, la récession devrait frapper moins durement les professionnels de la logistique que d’autres travailleurs du secteur manufacturier.
« Les compressions budgétaires ont surtout entraîné des pertes d’emplois parmi les employés œuvrant directement sur les chaînes de production et non chez les logisticiens. Les employés de distribution sont également moins affectés que ceux de production », souligne M. Richer.
A l’instar de Philippe Richer, Guy Gauvin, premier vice-président aux services mondiaux chez Taleo Corporation, une compagnie offrant des solutions de gestion du talent sur le Web, ne croit pas que la récession ralentira considérablement l’embauche de logisticiens au cours des prochaines années. M. Gauvin va encore plus loin en soulignant que le besoin et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée iront plutôt en croissant dans plusieurs types d’industries au cours des prochaines années et non seulement au sein de la chaîne d’approvisionnement.
Au cours d’une conférence présentée en avril dernier à la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, Guy Gauvin mentionnait qu’en 2002, les prévisions des tendances au chapitre de l’emploi laissaient entrevoir un « croisement entre la demande de talents et le marché » aux environs de 2007. Cet ingénieur industriel, ancien membre de l’APICS (Association pour la gestion des opérations) ayant jadis œuvré en logistique avant de se réorienter en gestion du talent, ajoutait que la « crise économique a quelque peu repoussé la demande de talents, mais que la pénurie finira par se produire d’ici cinq à dix ans ».
« Selon des données recueillies par Statistiques Canada lors du recensement de 2006, 3,7 canadiens âgés de 20 à 34 ans entraient sur le marché du travail, voilà 25 ans, pour chaque personne de 55-64 ans qui le quittait. En 2001, il n’y avait plus que 2,7 personnes de 20-34 ans pour remplacer chaque personne retraitée, tandis qu’en 2006, ce nombre n’atteignait que 1,9 personne par retraité. Aux États-Unis, on anticipe, d’ici cinq à dix ans, un écart d’environ 10 millions de travailleurs entre la main-d’oeuvre disponible et celle demandée. On prévoit que cet écart pourrait se creuser à plus de 35 millions en 2032 », a confié M. Gauvin en entrevue.
« Au fil des années, j’ai constaté la présence d’un même problème autant dans l’industrie logistique qu’en gestion du talent. Les patrons en savent souvent plus sur le photocopieur de leurs employés que sur les talents au sein de leur personnel. Trop souvent, il existe plus de plateformes pour gérer les bons de commandes que le capital humain. En prévision d’une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, les entreprises ont avantage à se doter de solutions ou plateformes informatiques comme la nôtre pour compléter leurs informations internes en matière de gestion de talents et de propriété intellectuelle. Des modèles de plateformes peuvent être appliqués autant au PME qu’aux grandes entreprises. Sur les 4000 clients que compte Taleo Corporation, entre 2000 et 3000 sont des PME de moins de 100 employés », ajoute-t-il.
Guy Gauvin croit somme toute qu’un recruteur dans une entreprise doit savoir la date d’embauche de ses employés, leur formation, spécialisation, plan de carrière à long terme et leurs intérêts professionnels au même titre qu’un logisticien connaît les caractéristiques de chacun des produits se trouvant dans l’usine ou le centre de distribution où il œuvre. À son avis, dit-il en guise de conclusion, « une plateforme de gestion de talents se compare au logiciel de gestion d’inventaire dont une entreprise manufacturière se sert pour faciliter la traçabilité de ses marchandises avant, pendant et après l’expédition ».
















