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Montréal bannirait les camions aux pires angles morts

Des élus de la Ville de Montréal siégeant sur la Commission du transport et des travaux publics ont, le printemps dernier, bien reçu une recommandation du collectif montréalais Vélo-Fantôme à l'effet que la métropole devrait adopter des mesures visant à bannir les camions lourds avec les pires angles morts. Cette suggestion, basée sur ce qui se fait dans des villes comme Londres et Seattle, avait été faite par un regroupement qui installe et entretient les vélos fantômes sur le territoire montréalais. Un vélo fantôme - ou ghost bike, en anglais - est un vélo peint en blanc, installé à l'endroit précis où un cycliste est mort lors d'une collision sur la route. À la mémoire de cette personne, Vélo-Fantôme érige un symbole pour susciter une réflexion sur les dangers des véhicules motorisés, tout en commémorant la vie de la victime.

 

Cette recommandation est revenue dans l'actualité au début du mois de juillet 2017 alors qu'une autre collision vélo-camion avait fait une nouvelle victime à Montréal-Nord. Dans le mémoire qu'il avait rédigé pour la Commission, Vélo Fantôme affirmait que les camions lourds représentent 3% des véhicules circulant dans les rues de Montréal mais causent 38% des décès de cyclistes et 32% de ceux chez les piétons. Le statu quo n'est plus acceptable, pour l'organisme qui déclare qu'une métropole moderne ne devrait pas tolérer des véhicules avec des angles morts disproportionnés dans ses rues. Dans son mémoire, Vélo-Fantôme fait de nombreuses recommandations, dont certaines ont rapport directement à la circulation de camions lourds à Montréal :
• Revoir la place des camions, en s'inspirant des politiques de certaines grandes villes européennes (ex. : Londres) et américaines (ex. : Seattle). Au-delà de l'interdiction de circuler sur certaines parties du réseau routier à certaines heures, sauf pour la livraison locale, il est tout simplement interdit de faire des livraisons locales avec des véhicules surdimensionnés. La livraison de cinq caisses de bière à un dépanneur d'un quartier résidentiel avec un immense camion n'est pas plus justifiée à Montréal que dans ces villes.
• Accompagner les véhicules hors normes lorsque leur présence en ville ne peut être évitée et étendre la nécessité d'obtenir un permis spécial.
• Continuer d'interpeller les différents paliers de gouvernement pour rendre obligatoire l'installation de barres latérales de sécurité sur tous les véhicules lourds. (Montréal a équipé ses propres véhicules)
• Sensibiliser les conducteurs de ces véhicules, les propriétaires et les exploitants d'entreprises de transport aux enjeux concernant la fatigue, la distraction et l'entretien des véhicules, en plus de les sensibiliser à la situation des usagers les plus vulnérables dans les rues et sur les routes.
• Mettre en place la politique londonienne3 de classement des camions en fonction de leur dangerosité, l'annoncer et resserrer progressivement leur interdiction de présence sur le territoire de Montréal. Londres a décidé de tester les différents types de camions pour leur accorder une cote (un nombre d'étoiles en fonction de l'ampleur de leurs angles morts). La capitale britannique a interdit immédiatement les plus dangereux et annoncé qu'elle étendra progressivement cette interdiction. L'industrie du camionnage est ainsi incitée à se doter de camions plus sécuritaires et peut se préparer aux futures exclusions. Cette stratégie exemplaire doit inspirer Montréal - et les gouvernements provincial et fédéral - où trop de piétons et de cyclistes décèdent ou sont gravement blessés sous les roues des poids lourds.
• Demander avec insistance que les normes de conception des véhicules lourds, moins encadrées et moins évoluées que celles concernant les véhicules plus légers, soient resserrées. Il faut s'inspirer des recherches sur la « vision directe », telles que menées au Royaume-Uni, plutôt que de multiplier les caméras et les dispositifs de vision indirecte.

 

Vélo-Fantôme poursuit en déclarant qu'il n'est pas forcément au diapason des recherches présentées dans son document de consultation. Toutefois, il considère que trouver des solutions aux angles morts à court terme n'est pas inutile, mais cela ne doit pas faire oublier qu'il faut trouver des solutions durables et revoir en profondeur le design des véhicules lourds. Vélo-Fantôme aimerait insister auprès des camionneurs et de leurs employeurs sur d'autres messages contenus dans son mémoire, des suggestions qui n'ont peut-être pas été retenues par le Comité consultatif. Notamment la dangerosité et l'interdiction de se stationner sur les voies cyclables, les passages piéton et à moins de cinq mètres d'une intersection, ainsi que la préservation de cheminement de transports actifs sécuritaires en marge des chantiers. Chacun a de bonnes raisons de mal se stationner ou d'empiéter sur la voie publique. Il est important de prendre conscience que d'autres solutions sont à trouver.

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